Le retour de l’enfant prodigue

Je suis désormais pour quelques jours en vacances chez mes parents.

En descendant le marchepied samedi, je me disais que même si la majorité d’entre nous s’est émancipée à la tronçonneuse à la vingtaine, quand elle a voulu quitter le cocon familial, nous avons toujours eu l’impression que nos parents nous attendraient, que rien ne changerait, que notre chambre, nos affaires, resteraient figées comme des mausolées, dans l’attente du retour inespéré de l’enfant prodigue.

Oui, il y a toujours quelque chose de délicieusement grisant lorsqu’on débarque chez les parents, qu’on balance sacs et affaires au milieu du couloir sans compter les ranger, qu’on oublie toute prescription nutritionnelle sous la bénédiction bienveillante de maman. C’est le dernier rempart de la liberté, là où ni les arrêtés municipaux de la ville de Paris ni les lois de santé publique ne vont s’aventurer. Un havre de paix.

Sauf que, cette fois-ci, je ne suis plus l’enfant prodigue.

C’était sans compter sur une conversation téléphonique que j’avais écoutée d’une oreille il y a quelques mois. Avec plus d’attention alors, je me serais souvenu samedi que mes parents ont repris possession de leur bien. Que ma chambre avait désormais disparu, pour en faire la leur ; que les derniers vestiges encombrants de mon adolescence dormaient désormais paisiblement dans des cargo containers dans la cave. Et mécaniquement, je suis relégué au rang d’invité, dans la chambre ad hoc, au mobilier impersonnel, fait d’eux, fait de moi.

Mais, il y a pire. Du sol au plafond, tout a changé : meubles, peintures, agencement intérieur, décoration… L’appartement familial s’est teinté dans certaines pièces de motifs à fleurs et de passementerie aux rideaux, le mobilier se fait plus rare et discret, uniquement fonctionnel, comme s’ils recherchaient une sobriété qui puisse convenir à tous ceux qui leur rendront visite désormais.

Dans leurs yeux, sur leur peau, chez eux, je me rends compte d’une chose au fond terrifiante : mes parents ont vieilli. En faisant bon gré, mal gré, le deuil du dernier enfant qui quitte la maisonnée, ils ont arrêté d’être les parents que j’ai connus. Ce ne sont plus des parents, mais des grand-parents en puissance, qui se préparent au dernier rôle de leur vie.

Vertigineux et flippant.

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2 commentaires

  • 1
    27 décembre 2011 - 17 h 25 min | Permalink

    J’ai connu ça quand les miens ont déménagé il y a quelques années, ça fait un drôle d’effet de ne sentir qu »invité », hein ?

  • 2
    28 décembre 2011 - 15 h 37 min | Permalink

    @Nekkonezumi : Ça fait un drôle d’effet de savoir qu’ils ont préparé ma chambre, oui.

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