
L’autre jour que c’était vendredi, je m’en suis allé casser la graine au restau’ avec la Rosalie, à cause que le frigo faisait un drôle de bruit. J’ai appelé mon pote Hub’ Reeves, il m’a dit : « C’est normal Jules, y’a rien dedans. Regarde : quand tu colles ton oreille dans un coquillage ou près de l’oreille d’Ève Angeli, y’a le bruit du vent, non ? Ben voilà, parce que c’est vide ».
Fort de cet éclairage scientifique, je m’en allai gaiement vers les agapes à prix non-plafonnés. C’est qu’ici on est trend-setter, alors les restaurants qui ont baissé leurs prix grâce à la baisse de la TVA, on s’excuse, mais on nous insulte pas, ok ?
Nous allâmes donc chez Little Georgette, quelque part dans les arrondissements à 1 chiffre. Ah, c’est juste en face d’un American Apparel, donc bien pour les filles qui gardent en tête l’image de ces mannequins virés parce qu’elles ont pris du poids. Ça c’est du placement stratégique. A part ça, y’a pas les amis : j’ai pas aimé le bouge de Georgette. Elle m’a genre pris pour un Flanby en me fourguant du mini-gratin, du mini mi-cuit, de la mini-soupe et autres délices microscopiques.
Donc, j’aurais bien aimé y causer à Georgette et y dire : « Dis voir Georgette, t’as pas l’impression que tu m’as enflé comme si j’étais un premier communiant ? » Mais de Georgette il n’y eut point les amis. GEORGETTE N’EXISTE PAS. C’est Floriane, la presque mannequin bulgare, qui me l’a confirmé quelques jours après dans un échange de haute volée :




Ah ouais genre, Solange elle se permet de tromper les clients en s’appelant pas Georgette ? Qu’est-ce qu’on dirait si Monsieur Propre s’appelait en fait Monsieur Cradaux ? Et si chez Colette, c’était en fait chez Kimberley ? Voilà, on a touché au cœur, y’a de l’anonymizer dans le business, le même que Bellegossdu37 qui s’appelle en fait Tiphaine et qui est férue du « Myspace Angle ».
Mais donc, je me suis interrogé les amis. Quelles sont les marques qui font croire que y’a quelqu’un au comptoir alors qu’en fait il n’existe pas ? Et pourquoi ? Et aussi, pourquoi pourquoi tout cela n’arrive qu’à moi, chantait Sandy Valentino.
Eh bien déjà, les amis, sachez que les faux messieurs et les fausses madames, ils sont pléthore. T’as cru que tu pouvais taper le carton avec Justin Bridou et toucher son béret ? Haha paie ta naïveté ! Mamie Nova ? Comme une supernova, elle file dans le ciel de ton univers marketing avant de disparaître instantanément. Jeff de Bruges ? Ben il s’appelle pas Jeff, et il est pas de Bruges. Ah ouais, mais là c’est tricky ! Parce qu’en fait, le créateur de Jeff de Bruges s’appelle… Philippe Jambon.

Alors forcément, tu comprends que s’appeler Philippe Jambon pour vendre du chocolat belge, c’est moyen en termes de branding. Mais question alimentaire, c’est sûr qu’avoir sur l’emballage un paysan gouailleur bien français (béret), bien content de ses produits, ça fait vendre de la cochonaille. Et c’est pareil pour Mamie Nova : ça fleure bon le bon goût des yaourts en pot de terre cuite. Tout bénef’.
Mais attention, ne vas pas croire qu’il suffit de personnaliser une marque pour que ça fonctionne. En 2003, Claude-Saint-Genet, la ligne de vêtements du groupe Casino, a été rebaptisée Tout Simplement. Branding fail, quoi. La clé est de traverser les âges en toute tranquillité. Souviens-toi des maillots de bain Janine Robin, dont la créatrice s’appelle en fait Andrée Tiba. So chic dans les années 50, la marque est tombée en désuétude dans les 80’s quand toutes les petites filles que vous étiez tombiez en sartorial crush devant Kookaï et Pimkie, des noms qui ne voulaient rien dire mais qui étaient à la mode. Eh bien maintenant, Janine prend sa revanche. Et ça va saigner.
Du coup moi, j’ai grave les boules que Georgette s’appelle en fait Solange. Et Jeff de Bruges, il m’a brisé le cœur. Du coup, avec Rosalie, on a décidé d’annuler notre citybreak de décembre dans la ville chocolatière. On ira à Avignon.
J’espère que le pont existe, putain !
Photo FlickR — Le_emde