Elegance Academy #4 — La CSP+ dans son milieu naturel

Mais c’est qu’on est mardi, et l’Élégance Academy, c’est lundi !
Je sais bien, lectorat fidèle et en émoi, affolé par l’attente angoissée du #4 de l’Élégance Academy, que tu t’es dit qu’il y avait quelque chose qui clochait. Mais j’ai une bonne raison, promis juré. En fait, mon blog a fait un malaise vagal lundi matin est il est resté en convalescence toute la soirée. Mais ce matin, alléluia, il est sorti à pied de l’hôpital. Alors pour me faire pardonner, lectorat fidèle et en émoi, je t’offre gracieusement un très long billet avec tout plein de jolis mots dedans.
Si t’as bien marqué dans ton cahier de textes à spirales, aujourd’hui c’est zoologie : « La CSP+ dans son milieu naturel ». De quoi donc qu’est-ce qu’on va parler ?
Avant de vouloir séduire de la CSP+, encore faut-il savoir à quoi elle ressemble. Tout ce qui va suivre est le résumé exhaustif de mon Ph D. en « CSP+ hooking up » à l’Université de Princethon. Ouais, ça en jette, en plus mon directeur de thèse, c’était Sébastien Night.

La CSP+, c’est quoi ? Avant d’entrer dans le vif du sujet-verbe-complément, on retient cette phrase : la CSP+ a un gros salaire, bosse dans le relationnel, et a de la subtilité, de la culture et de l’intelligence. Ah ben oui, c’est pas comme la jailbait, hein ! Et retiens bien aussi que celle qu’on cible, c’est la CSP+ single, qui a entre 28 et 32 ans.
Où trouver la CSP+ ? On ne le répètera jamais assez : la CSP+ habite à Paris ! Elle ne passe le périphérique que pour aller en vacances, en week-end, et encore, il lui faut une bonne raison ! Mais contrairement à sa congénère, la bourgeoise pur sucre, la CSP+ n’habite pas dans les arrondissements de Paris qui te sautent immédiatement aux yeux : le 16e (surtout Ranelagh), le 15e, Vavin, le 5e… La CSP+ adore Lamarck-Caulaincourt et Montmartre , surtout du côté de l’avenue Junot, le canal Saint-Martin et le quai de Valmy, et tous les alentours de Jacques Bonsergent, République, le 3e dans son ensemble, et tu en trouveras une grosse concentration autour du triangle Charonne/Parmentier/Voltaire. Dans de l’haussmannien, of course.
Qu’aime donc la CSP+ ? Comme tu le remarqueras, quand la blogueuse se met à causer sur les blogs so 2.0, c’est de fringues qu’elle parle. La CSP+ n’y coupe pas non plus : quand y’a du flouze dans le porte-monnaie, ça coule bien vite en chaussures Karine Arabian. La CSP+, elle est fan de chaussures, surtout les Gaspard Yurkievich qu’elle chope en vente privée, les Chloé, et les Bensimon, qu’elle porte avec des leggings en hiver et des jupes en été. Ça talonne beaucoup, souvent en Marc Jacobs, mais elle ne pourrait pas se passer de ses ballerines Repetto et de ses spartiates en été.

Côté fringues, si tu vois passer de la femme du monde en robe à pois ou en marinière, tu peux être sûr que c’est de la CSP+ qui en plus a bon goût. Inutile de chercher la CSP+ chez Pimkie ou chez Miss Sixty, ses bonnes adresses sont Isabel Marant, Comptoir des Cotonniers et MAJE.
Si tu veux être au bras de la CSP+, faudra pas être jaloux : elle fera un ménage à 3 avec son sac Gérard Darel. Attention : ne JAMAIS offrir un sac Jérôme Dreyfuss à la CSP+. Oui, un sac à près de 500 boules, ça lui plaît, sauf que ses sacs, à Gégé, on dirait des contrefaçons chinoises, et son relationnel client est en plus déplorable : les blogueuses te le diront (bon échantillon de CSP+).
La CSP+ a compris quand elle avait 16 ans que Bourjois, c’était naze, et que L’Oréal, c’était über-lame. Elle préfère plutôt se tartiner de Terracotta après avoir fait disparaître ses cernes au Touch’éclat. Côté vernis, en ce moment, la CSP+ est plutôt corail, alors attention de ne pas lui sortir un rédhibitoire : « T’as trempé tes doigts dans la sauce samouraï ? »
Sous les jupes de la CSP+, il n’y a pas à discuter : c’est Princesse Tam Tam ou Chantal Thomas. Darjeeling, tu oublies, c’est pour la CSP- ou la Pimbêche+. Et Aubade, c’est trop vulgos.

Les sens de la CSP+ sont très développés, et ce grâce à une pratique culturelle et artistique de bon goût depuis l’enfance. Alors niveau culture, ça envoie. Dans les oreilles de la CSP+, c’est un mélange détonnant de jazz façon Art Tatum et de soupe pour le côté snob qui descend dans le bas peuple. Quand la CSP+ veut se tenir informée de l’actu musicale et surfer sur la tendance, elle empoigne les Inrocks, même si elle s’encanaille parfois avec Technikart.
La CSP+ adore le cinéma. Mais pas le cinéma version Michel Blanc et X-Men III. La CSP+ adore Jim Jarmusch et le cinéma intimiste, trouve que Truffaut fait bien de rester confiné à une sphère d’esthètes cinéphiles. Elle a une sainte horreur des effets spéciaux (sauf de rares cas, mais elle a une excuse très spéciale), mais Louis Garrel lui fait à chaque fois un effet très spécial. Elle préfère Almodovar et Hitchcock, mais elle va quand même voir des films pourris entre copines. Côté tendance 2009/2010, la CSP+ se ruera sur le biopic sur Gainsbourg.
Mais la CSP+ n’est pas que toile et phonogramme, elle est aussi parchemins et volumen ! Son univers littéraire, c’est sa bibliothèque : dans ses livres préférés, il y a obligatoirement L’Insoutenable légèreté de l’être de Kundera, qu’elle lit une fois par an. Côté livres qui font mal à la tête, elle a une prédilection pour Foucault, qu’elle a lu rapidement et dont elle ne saisit pas toutes les subtilités, hormis que comme Bourdieu, il a une bonne philosophie à l’envers. Elle ne l’avoue qu’à demi-mot, mais elle aime beaucoup Paulo Coelho, Freud, Tania de Montaigne et Sagan. Cette année, comme toutes les CSP+, elle a lu Millenium de Stieg Larsson, mais ne s’est guère aventurée dans Twilight (faut pas déconner). En vacances, la CSP+ lit sans complexe Marc Lévy, Guillaume Musso et Anna Gavalda, surtout si elle doit prévoir un long voyage en train.
Mais oh ! ça va bien de dire que la CSP+ ne lit que des livres, que de fausserie dans le jugement et de mensongeries mensongères ! Oui, c’est vrai. La CSP+ feuillette beaucoup de magazines également. Il y a deux types de magazines chez la CSP+ : ceux qu’elle achète et ceux qu’elle lit chez le coiffeur. Elle lit Elle, même si la rubrique de Fonelle et Bianca la fatigue un peu par son pédalage permanent dans le hype semoulée : le paysage magazinal de la CSP+ est tellement désertique qu’elle peut pardonner ces petits errements, notamment dans le dernier numéro, qui fait un placement produit complètement putassier pour Twitter, un peu genre la poule qui a trouvé un ver de terre. Elle a arrêté Cosmo à 25 ans, après avoir cru brièvement en Glamour. Quand 20ans a reparu cette année, elle s’est précipitée pour l’acheter et le garder en archive. Chez le coiffeur, la CSP+ n’hésite pas à faire parler son côté bigoudis : Public, Point de Vue, Gala, histoire de se tenir au courant du dernier ragot à la mode.

La CSP+ ne comprend pas ces gens snobs qui croient être branchés et intelligents lorsqu’ils disent qu’ils ne possèdent pas de télé et en sont fiers. Ça, c’était so 2006. Elle ne se gêne pas pour regarder L’Amour est dans le pré, Secret Story, Nouvelle Star, Confessions Intimes. Pourquoi ? Parce que c’est so-cio-lo-gi-que. Et en plus c’est drôle de voir tous ces gens du nord et de l’est qui s’appellent Kevin ou Eddy et qui ont des problèmes insolubles de rébellion dans un mobil home ou d’irrésistibles lubies de mimétisme hallydesque. La CSP+ a la TNT et parfois le câble, alors elle se prélasse devant Beauty and the Geek avec grand plaisir.
Côté séries, elle innove peu : elle adore Ted Mosby, est une fan inconditionnelle de Desperate Housewives même si elle a été déçue de la dernière saison, Lost (qu’elle a du mal à comprendre), Dr House et Grey’s Anatomy, et évidemment Gossip Girl, dont elle apprécie la mise en abyme un peu putassière.
Et ça mange quoi, une CSP+ ? Sache qu’elle est folle du bio, et que tu la trouves souvent chez Picard, où elle s’achète des woks. Chez elle, elle a un blender dans lequel elle prépare des smoothies rigolos avec ses copines. Son gaspacho, c’est Alvalle et puis c’est tout ! D’ailleurs, elle boit souvent, et notamment du thé Marco Polo de chez Mariage Frères, qu’elle mange avec les macarons fleur d’oranger et mangue-jasmin de chez Ladurée. Le midi souvent, c’est sushis, et c’est souvent tout-saumon. Et quand elle est à la terrasse d’un café, en fonction de l’heure, ça change : Perrier citron, mojitos ou Daiquiri.

Car oui, la CSP+ n’est pas que brainstormings et slides Powerpoint. Elle est aussi sorties et soirées tranquilles. Quand elle rentre chez elle, la CSP+ marche pieds nus sur son parquet ancien et sombre, où son chat se vautre paisiblement (ah celui-là !). D’ailleurs, son chat a un nom ronflant, genre Darwin ou Mac-Mahon : les Minouchat, les Pépette ou les Mistigris, c’est so-not-glam ! Elle aime dîner au vin rouge ou au Chardonnay, assise en tailleur sur un coussin devant sa table basse.
Après le travail, la CSP+ aime faire un peu de sport. Au top en ce moment : la gym suédoise et le krav maga. Ambiance Eric Prydz bannie ! Elle fait aussi naturellement du Vélib’, mais hésite à renouveler son abonnement quand elle voit l’état du parc. De temps en temps, elle se rend à la Piscine Pontoise, dans le 5e, et en profite en sortant pour faire ses emplettes au marché bio de la place Maubert.

Elle sort beaucoup, la CSP+, mais de moins en moins. Ses amies commencent à se marier et à avoir des enfants, ce qui réduit son champ de copines disponibles. De plus, malgré son salaire grassouillet, elle est constamment à découvert (à cause de Jérôme Dreyfuss). Le soir, elle préfère les bars arty et branchés, mais encore confidentiels : quand les early adopters comme elle sont noyés dans la masse des moutons chasseurs de hype, elle les fuit. En ce moment, tu la trouves beaucoup Chez Prune, à la Perle ou à l’Alimentation Générale. Mais pas avant 22h : elle déteste les afterworks. Ne songe même pas à sortir la CSP+ en boîte : l’ambiance « pute à frange » du Showcase, très peu pour elle : elle a déjà donné au Baron et au Gibus quand elle avait 16 ans. Le dimanche, naturellement, elle passe un coup de fil à ses copines non maman, et elle brunche !
Parfois, quand les critiques arty branchouilles sont bonnes et matraquent bien, elle va dans des expos. Cette année, THE expo to be était la rétro David LaChapelle, alors tiens-toi au courant ! Côté cinés, attention : elle évite autant que possible les Pathé, les MK2 et les UGC. Pour ses rétros Truffaut, elle préfère le Lucernaire ou l’Arlequin.

Les week-ends, elle les passe souvent dans les maisons de campagne de ses amis, mais pas au-delà d’Orléans-Chartres. L’été, elle file quelque fois au festival d’Avignon, où elle ne peut pas s’empêcher de mépriser les touristes qui disent « à Avignon » : la CSP+, elle, dit « en Avignon », et elle a raison. Pour les vacances, cet automne, elle partira à New York, la destination tendance. D’ailleurs, elle les a toutes faites, ces dernières années : Barcelone et la Toscane, et surtout Dubrovnik en 2003-2004, avant la grande ruée. Mais parfois, la CSP+ a aussi un bon plan villa en France : dans ce cas, c’est le Vercors/Lubéron plutôt que la Côte d’Azur, trop über-gross. En vacances, la CSP+ bronze, et puis c’est tout : t’imagines quand même pas qu’elle va aller se baigner à la plage, non ??? Et surtout, surtout surtout, ne songe jamais à proposer à la CSP+ d’aller au club !!!
D’ailleurs, l’été, la CSP+ ne s’accouple pas. Il y a trop de beaufs, ce qui la pousse à augmenter ses défenses naturelles, fermant la porte à des chasseurs de CSP+ sûrement très corrects mais qui se cassent les dents sur sa hargne estivale. Et puis l’été, c’est la saison des mariages, et on te rappelle que la CSP+ cherche un mec (désespérément) ! La meilleure saison pour la séduire, c’est l’automne, quand elle recommence à mettre ses collants, ses vestes, ses bottes, attributs par excellence du charme de la CSP+. Au printemps, la CSP+ apprécie le soleil, qu’elle prend doucement au calme des terrasses. Tu peux approcher la CSP+, mais avec beaucoup de tact (non recommandé pour les débutants).
La semaine prochaine, on t’apprendra à tenter une approche avec la CSP+.
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Previously on Elegance Academy :
#3 — The matchmaking theory
#2 — Comment ne pas être un douchebag
#1 — On pose les bases
[Photo FlickR — Epuisette]








