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Lit de justice (ou la Guerre de la Couette)

pillow fight

Enfants de la paix, je vous salue,

Vous savez qu’ici, on est un peu le poste avancé de la sauvegarde des droits de l’homme menacés par la vie de couple. Si tu te souviens bien, on avait causé des graves dangers pour l’écosystème amoureux de l’introduction dans la chambre conjugale du Pelux Malefis, communément appelé « doudou ». Y’a pas lourd non plus, on s’était entretenu de la résolution 904 de la DANONU qui faisait suite à la Guerre des Parfums de Danette.

Aujourd’hui, en ces temps d’hiver, il ne faut pas oublier le grand théâtre d’opération de la paix mondiale : le lit. Ouais. Le lit, enfants de la paix, c’est comme un puits de pétrole : comme par hasard c’est source de conflit. Et dès qu’il y a de la couette, tu peux être sûr que ça va se chicaner au bout de trois nuits.

Faudra qu’on m’explique un jour pourquoi l’homme et la femme dorment ensemble alors que l’homme a toujours chaud et la femme toujours froid. Sauf que l’homme a toujours chaud quand il se couche, mais le repos aidant, il a froid au milieu de la nuit et au réveil, le temps que la machine se remette en route. D’où deux grands problèmes majeurs pour l’équilibre géostratégique de la paix camérale :

1) Le déplacement latéral de la couette : la femme, dans un mouvement naturel de recherche de chaleur, va avoir tendance à s’emmitoufler dans la couette en se retournant sur elle-même. Vu la largeur réglementaire des couettes, les scientifiques en ont déduit que pour une femme à taille 36, l’homme aura froid au cul au bout d’un tour complet

2) Le déplacement vertical de la couette. Dans l’état actuel des technologies, c’est le problème majeur. La femme veut s’emmitoufler jusqu’aux narines, et l’homme jusqu’au nombril grand max. Les Américains ont inventé le fameux drap pas droit qui cache le cœur et exhibe la moquette, mais la Maison Blanch(isseri)e garde jalousement les brevets question literie

pillow fight

Photo FlickRJtstrathdee

Les conséquences ? Elles sont doubles. Pour contenter les désirs de déplacement vertical de chacun, la couette aura tendance à tourner pour déshabiller l’homme et habiller la femme. Sauf que tu vois le problème : en pleine nuit, l’homme qui avait chaud à maintenant froid, et la femme qui avait froid et qui a maintenant chaud n’est pas disposée à avoir moins chaud car elle aurait plus froid qu’avant. Je passe sur l’opportunité d’entamer des négociations nocturnes pour partager sur le 15e parallèle l’espace de couette qui revient à chacun. Les ayatollahs de la paix iront même jusqu’à dresser un mur au milieu du lit pour éviter les conflits.

Mais la majorité, ulcérée par l’absence de chaleur qui réveille en pleine nuit, préfèreront ourdir des expéditions punitives en représailles, à base de tirage de couette ou de vas-y-que-je-te-colle-mes-pieds-froids-contre-les-tiens-pour-te-réveiller. Je te laisse imaginer les conséquences quand, l’œil à moitié fermé et la mèche douteuse, tu tentes d’apaiser le conflit.

Alors au petit matin, chacun se glisse à la table des négociations. En général, il y a toujours un envahisseur et un envahi, ça facilite le débat. Et l’envahisseur tentera inévitablement de se dédouaner de ses responsabilités, et l’envahi hurlera des que nenni en présentant ses relevés de température corporelle certifiés par Maître Nadjar (« Nadjar », c’est l’onomatopée quand on éternue de froid, en fait).

Rosalie en ce moment, son excuse favorite c’est de sortir que le sol de la chambre penche, ce qui explique que la couette tombe de son côté. Genre.

Du coup, si vous voulez éviter les scènes d’horreur, les génocides animaliers qui font voler les plumes d’oie et les crimes de guerre, optez pour le duvet individuel ou le lit de Camp (David).

Bon, je décarre en vacances les copains.
Je vous ferai un débrief à partir de lundi. Joyeux Noël !

Photo FlickR (en haut) — Philippe Leroyer

L’angoisse du premier cadeau

Ho ! Ho ! Ho !

Quand tu commences à dater une personne, il y a une source d’angoisse majeure : l’arrivée du premier cadeau. C’est qu’on dirait pas, mais offrir un cadeau ne se résume pas à aligner les ronds sur le chéquier ou à dégainer la Gold. C’est plus que ça, c’est carrément une porte ouverte (bordel, fait froid !) sur ton intimité.

Je me rappelle d’un article sociologique dans un vieux Télé Loisirs (lol) qui disait en substance qu’on reconnaît sa proximité avec les gens à la façon dont on leur offre un cadeau. Tu te sens coupable vis-à-vis de l’autre ? Tu compenseras par un cadeau géant, complètement disproportionné par rapport à l’occasion. Tu te sens inférieur par rapport à l’autre, limite dépendant ? De même, tu miseras tout sur la valeur du paquet, et tu iras directement pécho la paire de Gaspard Yurkievich en magasin plutôt que sur Vente Privée (pour les retardataires). Tu préfères lui offrir de l’argent ? Tu te soustrais au processus de don/contre-don. Tu ne sais absolument pas quoi acheter à l’autre ? C’est peut-être que tu ne le connais pas assez…

C’est toujours éminemment problématique de se retrouver avec l’angoisse du premier cadeau. Quand il s’agit de Noël, l’angoisse est moindre puisque 1) on s’offre mutuellement un cadeau, donc tu peux toujours te comparer à l’autre, et 2) en général on s’offre les très beaux cadeaux aux anniversaires.

J’ai pas eu de bol : la première occasion avec Rosalie, c’était son anniversaire. Et de surcroît, Rosalie est née en septembre, et comme Clara Sheller, elle ne sait jamais ce qu’elle veut parce que ses parents ont toujours été trop stressés par la rentrée des classes pour lui offrir une grande fête d’anniversaire.

T’as pas intérêt à te gourer ou je te largue.
J’fais monter la pression.

Photo FlickREd Wohlfahrt

Alors, j’ai bien réfléchi, et il y a en fait plusieurs manières d’aborder le premier cadeau.

1) Allô Clémence ? Pour Rosalie, je n’ai pas hésité : « Allô Clémence ? ». Se renseigner auprès des amis proches de l’autre est encore le meilleur conseil possible, surtout lorsque l’occasion se présente très tôt dans la relation. Avec un écueil : choisir un cadeau tellement conforme aux goûts de l’autre qu’il en devine la supercherie. L’art consistera a posteriori à nier toute aide extérieure pour s’attirer tous les mérites.

2) Casseroles vs. chaussettes. L’avantage de la répartition sexuée des cadeaux, c’est qu’on va droit au but. Si les filles commencent à ne plus aimer les chaussures et les garçons les jeux vidéo, nos repères s’écroulent. Pour les plus anxieux, le combo grand magasin + conseil du vendeur/vendeuse aura quelque chose de rassurant.

3) No drama. Dédramatiser le processus peut permettre aussi de casser les codes. Et si on n’attachait pas d’importance au premier cadeau ? C’est d’autant plus facile que la relation n’a pas encore pris une épaisseur suffisante pour y attacher de l’affect. Mais ça peut aussi être une soupape de décompression pour prévenir les déceptions dues aux cadeaux foireux. Pourquoi ne pas offrir à chaque fois un beau cadeau et un cadeau un peu plus WTF. Tiens, ça tombe bien, je songeais à acheter un balai à chiottes à Rosalie (rapport qu’on a déménagé, si tu suis). Philippe Starck en a sorti des sympa ?

4) Risky business. Allez, on joue le tout pour le tout. On sort des sentiers battus, on tente le cadeau personnalisé en se remémorant tous les petits bouts de souvenirs, de goûts, d’influences, d’admiration, on met tout dans le blender à idées et on va chiner dans les magasins tendance. C’est un peu quitte ou double entre le cadeau qui ravira et celui qu’on vomira, mais il faut aussi passer par-là, surtout pour l’homme. Quand vous l’offrirez, tendez bien l’oreille pour discerner le « Hiiiiii » du « Ahhh ».

5) C’est la bonne. Un sac à main ? Trop commun. Clémence ? Pas besoin. Vous connaissez suffisamment bien l’autre pour lui faire un cadeau conforme à ses goûts, un poil original sans être complètement recherché, et sans que ça vous prenne des demi-siècles de réflexion profonde. Pas de doute, si Cupidon vous tire par la bride, si un petit vent porte vos pieds en deux temps trois mouvements à l’endroit convoité, c’est que votre relation est au beau fixe, pas de nuages à l’horizon. Faites juste gaffe, l’amour rend aveugle : la lingerie ou le vibro sous le sapin après 3 mois de relation est peut-être un poil enthousiaste.

Bonus track. Le cadeau peut aussi être un formidable moyen de pression qui  déleste celui qui offre de toute la chape de plomb qui pèse sur lui, retournant complètement le rapport de forces. Je vous laisse méditer cette phrase de Rosalie un jour : « Si tu me fais chier, je t’offre du Audigier ».

Photo FlickR (en haut) — McLoy

Le mythe moderne des « filles à la vanille »

Les trentenaires d’aujourd’hui un peu paumées râlent après leur mère qui les ont total bullshitées pendant l’enfance à leur raconter des histoires de Prince charmant qui serait beau, blond, goldé de la CB et toujours serviable. Mais on oublie que les petits garçons souffrent dans leurs jeunes années d’un mythe tout aussi destructeur.

J’ai nommé : « les filles à la vanille, les garçons au chocolat ».

Voilà une explication du monde qui était structurante à la cantine. Quand venait le temps des crèmes dessert, on savait à quoi s’en tenir : les filles devaient se ruer sur le goût subtil de la vanille des îles, et les garçons vers la couleur sombre et grossière du chocolat.

Moi je dis « remboursez » les amis.

La Rosalie ne l’entend pas de cette oreille. Quand vient le moment du partage des parfums, c’est du genre : « Non mais tu vas pas prendre chocolat alors que tu sais que j’aime pas la vanille ? ». Quand il y a du praliné sur le chocolat, ce n’est même pas la peine de venir quémander une cuillerée : c’est chasse gardée et tous crocs dehors si on s’approche à moins de dix mètres du frigo (je travaille au concept de la cuillère télescopique pour les pauvres mâles dans mon genre opprimés par la tyrannie cacaoyère de la femme moderne).

Pourquoi je vous parle de tout ça les amis ? Parce que récemment, un gentil coursier est venu semer les germes de la discorde entre Rosalie et moi. Un peu comme dans Les Dieux sont tombés sur la tête, le colis de chez Danone remet en question la paix gastronomique et la sécurité du frigo.

Alors j’en profite pour vous dire que ce colis n’a pas été envoyé par un blogueur influent qui voudrait torpiller ce blog, rassurez-vous. Souvenez-vous que y’a pas lourd, je vous causais d’une cause essentielle pour l’avenir de l’humanité. Aujourd’hui, je suis en mesure de vous en dire plus. Sachez, les amis, que la barquette Danette 1kg fête cette année ses 40 ans. Et, pour l’occasion, Danone a décidé de se soumettre à la vindicte populaire qui réclamait depuis dix ans le retour de son délice king size dans les rayonnages d’Auchan. C’est chose faite.

Mais ça ne règle toujours pas la question de savoir si les filles sont toujours à la vanille…

Bon, je vous laisse, faut qu’on aille signer la résolution 904 de la DANONU.