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Le megging !

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un cataclysme vestimentaire. J’ai le cœur lourd.

Voyez-vous, jadis nos aïeux (nos grands-pères quoi, tu m’aides pas franchement) portaient le futal droit et légèrement oversized. T’avais du cuisseau masqué sous la flanelle, du mollet caché l’enrobage de toile. Ah ça, c’est sur que le mot galbé était pas encore dans le Larousse, hein. On portait le vêtement ample, très mal taillé, et on s’en fichait comme de sa dernière paire de bretelles.

Et puis vint le slim. Révolution dans ton placard ! Maintenant, la taille était ajustée, la veste cintrée, pour souligner la silhouette. La mode mods des années 70 au faîte de sa gloire fut par la suite ressuscitée il y a quelques années dans une gigantesque association de malfaiteurs : avec la tecktonik et la coupe mulet, le slim est venu faire main basse sur l’élégance vestimentaire, déchaînant les foudres et les ardeurs révolutionnaires de la jeune nation facebookienne (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans…).

Mais passons. Aujourd’hui, l’heure est grave. Ouais, elle est grave grave, l’heure.

Car le slim n’est plus, les amis. Il a MUTÉ. Bravo José Bové ! C’est beau de se battre contre les OGM, mais c’est pas prouvé que ça a des incidences sur la santé. Par contre, dans la modasserie, OUAIS, y’a de la manipulation génétique. Et on n’en parle jamais tant l’omerta est puissante.

Mais j’ai décidé de briser la loi du silence pour vous.

Maintenant, le pantalon slim, c’est old-fashioned les amis. On va vous vendre du megging. Ques aco ?

Le megging, c’est le legging pour hommes. Keuwa ? Robins des Bois a fait des émules ? Thierry La Fronde nouvelle égérie d’Yves-Saint-Laurent ? Le Capitaine Spock  ambassadeur geek de l’évangélisation du collant hype chez Galliano ?

Apparemment, les amis, le megging ferait fureur au Japon. Et ça, ça fait très peur. Le péril jaune va donc s’abattre sur nos garde-robes d’ici quelques mois. On murmure que le lobby cosmétique est déjà dans les starting-blocks pour vendre de la crème amincissante aux messieurs et de la gélule qui te régule ta flotte du quadriceps. Car oui, ne rêvez pas messieurs, si le megging réussit son putsch dans le placard, faudra avoir la cuisse fuselée.

Alors, je vous invite tous, gros modeux comme porteur de velours côtelé, à rejoindre la lutte. Elégants de tous les pays, unissez-vous !

El pueblo de la elegancia unido jamás será vencido !

Trend-setters et trend-suiveurs

Salut la plèbe,

Aujourd’hui, on va causer sociologie. J’en reviens pas moi-même.

Dans la vie, il y a deux catégories de personnes : les trend-setters et les trend-suiveurs. Le trend-setter a la bonne info, le bon plan, avant tout le monde et en profite pendant que le trend-suiveur apprend en exclusivité (lol) le tout après le déluge.

Pendant un temps donné, le trend-setter prend plaisir à profiter de la rareté qui le différencie de tout le monde. Jusqu’à ce que la masse des trend-suiveurs accourent comme des papillons de lumière vers la chose qui brille. Alors le trend-setter se lasse de ce qui devient trop commun, et s’en va vers d’autres horizons.

C’est à se demander si le trend-setter n’est pas snob, des fois.

Alors voilà comment, en 10 points, devenir un vrai snob :

1. Avoir un iPhone, oui, mais unique. Plus d’un million de Français ont un iPhone. C’est à dire, un million de sonneries « Xylophone », et un million de fond d’écran représentant la Terre. Le snob l’a acheté avant la grande braderie de Noël, et il se désole maintenant que ce soit devenu un produit commun. Pas de panique pour ceux qui l’ont acheté, il reste possible de se démarquer pour échapper à l’assimilation de masse : se faire une sonnerie très personnalisée, idéalement unique. Un bon plan : sampler de vieux discours politiques d’antan sur des morceaux d’électro. Avouez que ça aurait de la gueule :

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2. Fuir les bars branchés. Le trend-setter a testé Chez Prune, La Perle, et tous ces autres bars qui étaient jadis confidentiels. Le trend-setter a quitté Chez Prune, La Perle, et tous ces autres bars qui sont maintenant bondés de ces gens qui y vont pour être vus. Faites comme lui, sauf si vous voulez attraper de la CSP+ qui, elle, y va pour être vue.

3. Ne pas écouter de musique utilisée dans un spot TV. Quoi de plus agaçant qu’un trend-suiveur qui s’extasie devant un tube qu’il a découvert dans une pub et ose le qualifier de « nouveauté » ? Il y a pourtant une équation simple : un morceau de spot TV = old-fashioned. Faites le ménage dans votre iPod : You, Me and The Bourgeoisie des Submarines, Someone Like You de Revl9n, Shut Up And Let Me Go des Ting Tings, On My Shoulder des Dø… N’en jetez plus.

4. Dénigrer le marketing de la rareté. Faire la queue pendant trois heures pour un gilet Uniqlo à moins de 30 euros ? Céder à la prescription en allant voir This is it ? S’il vous plaît, restons polis.

5. Ne jamais s’attarder nulle part. Marquer à la culotte le buffet à petits fours, très peu pour le snob. Sa présence, il l’a théorisée : il ne « passe » pas dans une soirée, il fait un « pop-up ». En termes plus jolis, il reprend le conseil de George Brummell : « Dans le monde, tout le temps que vous n’avez pas produit d’effet, restez ; si l’effet est produit, allez-vous en. »

6. Ne jamais s’étonner de rien. Pourquoi le trend-setter devrait-il s’étonner des choses ? Soit le trend-suiveur lui parle de choses qu’il connaît déjà (indifférence), soit de choses qui ne sont pas de son monde (mépris). Dans son Moleskine, le trend-setter garde impassiblement la devise des snobs anglais : Nil mirari. Et il ne la traduit jamais.

7. Ne jamais consulter son compte en banque. L’argent est si vulgaire et si matériel. Pour le trend-setter, ça n’existe pas, et ça ne doit jamais être un souci. Si vous avez encore du mal à lâcher prise, allez-y par paliers : la main devant les yeux au DAB, et le Stabylo en main quand le relevé de comptes arrive.

8. Trouver la poésie du désordre. Il n’y a que les esprits étriqués qui rangent, classent et trient. Dans l’iPhone du snob, 35 mails à consulter et 11 mises à jour sur l’Apple Store. Sur Facebook, 250 other invitations, 23 amis en attentes et 55 invitations en soirée. Dans le couloir, des piles de livres entre deux piles de livres. Avec toujours une constante : le désordre est l’ornement chic de ceux qui vivent plus vite que ne s’écoule le temps. Il se pense savamment, sous peine de confiner au bordel. Allez, laissez le Teknikart bécoter L’Écume des jours sous le regard des Pall Mall, c’est so snobbish.

9. Avoir une bonne raison pour aller chez H&M. Le trend-suiveur se paie le luxe de s’habiller occasionnellement chez Paul&Joe. Le trend-setter se paie le luxe de s’habiller occasionnellement chez H&M. Voilà toute la différence.

10. Avoir un coup d’avance. Le trend-setter est un early adopter, par définition. Ce que le trend-suiveur lit dans FHM ou Elle, le trend-setter l’a déjà délaissé. En quête de la prochaine tendance.

Et vous, vous en êtes à quel degré de trend-settisme ?

Photo — Gérard Laurent

Yes, week-end ! #7 — Antiduckface, concert U2, humour geek

Moue du web (j’adore le titre). T’as un profil Facebook ? T’as des amies dedans ? Donc t’as des amies qui postent des photos, non ? [Tu suis, jusque là ?] Donc tu as forcément des amies qui postent des photos d’elles : en soirée (i), en train de faire la moue (ii). Donc, comme 90% des gens normalement constitués, tu ne peux plus voir en peinture photo ces photos horribles de gens qui font des moues supposées photogéniques. Or, dans cette grande tentative de mimétisme d’Emmanuelle Béart, tu ressembles immanquablement à un canard. Et c’est justement pour lutter contre cette chienlit sociale exclusivement féminine que le collectif AntiDuckface a ouvert son blog. Que voulez-vous, ma bonne dame, le XXIe siècle a engendré deux cataclysmes : le canard et le douchebag (on n’oublie pas que la moue est un des éléments faciaux du douchebag). Voilà donc à quoi ressembleront les chastes baisers de nos enfants : à la rencontre de deux ventouses labiales, une avec du rouge à lèvre, l’autre sans. Tex Avery rules.

Musique. Grâce à JulieBBG, je me suis souviendu que U2 donnait dans la nuit de dimanche à lundi au Pasadena Rose Bowl un gigantesque concert retransmis en live et en intégralité et sans rien raquer sur une chaîne dédiée de U2Tube (putain, le niveau des calembours ce matin, c’est quelque chose). D’ici à ce que t’aies pondu suffisamment de billets sponso pour te payer un aller-retour autrement qu’en soute pour la Californie (ou autrement qu’en voyageant avec Julien Clerc), c’est un bon moyen de profiter du pestacle. Mais si je peux te donner un conseil, ne le regarde pas, car U2 vient de briser le charme en proposant un Sunday, Magic Sunday, au lieu du cultissime Sunday, Bloody Sunday. Du coup, je vais récupérer les fonds que j’ai gracieusement versés pour lutter contre la malaria en Afrique et les investir dans des choses plus primordiales.

Modasserie. Comme des fringues par exemple (putain la tehon…). Cette semaine, on prend son cahier de texte à spirales et on note les devoirs de la semaine :

1) Aujourd’hui : Allez chez VosMarquesDiscount pour profiter de la VP Diesel à prix coûtant depuis ce matin 7h.

2) Lundi : Faire la VP Hugo Boss chez Vente-Privée

3) Mercredi : Faire la VP Gianfranco Ferré chez Private Outlet

Moquerie geek. Bon, si j’ai bien tout calculé, le taux de possesseurs d’iPhone sur ce blog avoisine les 100% (y’a intérêt). Alors pour tous ceux qui se sont fait greffer un smartphone au bout de la main, ou pour celles et ceux dont les relations sociales ont été complètement bullshitées par cet appareil, voilà une histoire qui remet les pendules à leur place.

pagerule

Les autres YWE :

#6 — Trussardi et geek pervers
#5 — Cuisine créative et Surpat’
#4 — Danette : Mission Barquette
#3 — Twitter, Gros cul, Géopolitique
#2 — Désirs d’endive, The Marshmallow Experience
#1 — Little Marcel, Humbug, 09.09.09…