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De la peur de l’engagement chez le sujet masculin

peur de l'engagement

Gaussez-vous, riez sous cape, marrez-vous comme des grosses loutres, je m’en fous.

Je suis atteint d’un syndrome particulièrement handicapant en milieu social : la peur de l’engagement. Vous allez me dire, c’est commun chez le mâle cette aversion pour les liens de toute sorte. Et vas-y que ça aime vivre en bohême jusqu’aux trente berges, tant que maman est là pour le logis et le blanchiment quand t’as pas envie de passer cent-vingt minutes au Lavomatic, et tant que papa est là pour faire à ta place tes démarches fiscales.

Sauf que, par je ne sais quelle mutation génétique, le virus a évolué vers une forme plus maligne. Et tu vas voir que dans certains cas, c’est franchement énervant au quotidien.

La carte. Rien que le fait de savoir que le choix de mon repas va être déterminant pour la satisfaction de mon estomac, m’angoisse. Que ce soit au restaurant ou à la supérette du coin, je suis toujours dérouté face au choix. Est-ce que j’aime plus le poisson ou la viande ? Est-ce qu’il faut manger froid ou chaud ? En cinq actes et trois heures sans entracte, mon estomac déclame des tirades cornéliennes au son des borborygmes, auxquelles répondent mes interrogations angoissées. Le corps, figé devant le rayon smoothies et soupes. Le doigt, fébrile, qui tente un plouf-plouf. C’est l’am-stram-gram. Par pitié, ne m’emmenez jamais chez MacDo.

L’achat. Le temple de l’indécision. Si les femmes voient mieux le monde perchées sur 5 centimètres de bonheur en talon, j’orchestre les plus grandes remises en question de ma vie dans les allées d’un magasin. Pourquoi, quand je cherche un jean, finis-je toujours par me dire que c’est le mauvais choix, et qu’il me faudrait plutôt un cardigan ? J’ai comme l’impression de projeter une relation avec les objets. Ils vont partager mon quotidien, mon intimité, je vais les formater à mes usages. Et s’ils ne me plaisaient plus ? Je devrais les jeter, les donner, les délaisser, quel gâchis… C’est sans doute pour cela que j’erre dans les rayonnages quatre ou cinq fois l’air de rien pour bien m’assurer de la validité de mon choix. Pour finir, après une demie-heure, par repartir sans rien quand il m’aurait fallu cinq minutes pour repartir avec quelque chose.

Le contrat. L’engagement par excellence. Quand tu contractes, vas-y pour te rétracter. Tu as toujours l’impression de te jeter dans la gueule du loup des steppes. Toi contre les services juridiques en contentieux ? Ça te fait saliver, les combat homériques… Alors, à 20 ans, j’ai mis plus de 6 mois avant d’avoir l’Internet dans mon logis, la faute à une surcomparaison des offres. Acheter un iPhone ? Là aussi, plus de 6 mois avant de se décider, le temps de comparer minutieusement les opérateurs et les offres. Puis, après s’être décidé, se laisser deux semaines pour mûrir son choix. Puis, tout remettre en cause pour bien vérifier qu’on a choisi ce qu’on voulait. Recommencer trois fois. Finalement, souffler un bon coup et se lancer en se disant que tout ira bien. Le lendemain, bien vérifier qu’on a 7 jours pour se rétracter.

Alors, vous comprenez bien que le mariage et les bébés…

Photo FlickREschipul

Sociologie du dance floor

sociologie boîte de nuit

Tout bien considéré, y’a peu d’endroits où tu peux te livrer à une vraie et savante sociologie de comptoir. La boîte de nuit, c’est l’endroit rêvé. D’abord, parce qu’il y en a un, de comptoir. Ensuite, parce que des masses informes de jeunes pseudo-branchés, engoncés dans 50m² qui se trémoussent et tentent de nouer des relations sociales, parfois amoureuses à leur péril, c’est désespérément priceless. Soyons honnêtes : les boîtes, c’est so 2005, et surtout so 22K€ annuels. Mais quand tu t’y rends pour les beaux yeux de la sociologie, on y aperçoit des profils intéressants.

L’angoissé. Uniquement visible aux abords de la boîte. L’angoissé, c’est celui qui n’y va jamais, croit à toutes les légendes urbaines selon lesquelles les videurs auraient suivi une formation stylistique by KL himself. Du coup, il vient overdressed, chemise fine, cravate et souliers vernis. Malgré tout, ça ne l’empêchera de faire trois litres d’huile en passant devant le physio. Au supermarché, l’angoissé a toujours peur que les portiques sonnent, même s’il ne vole rien.

Le presque proprio. Reconnaissable entre mille, le presque proprio a toute une collection de clips de gangsta rap dans son ordinateur. Faut l’excuser, il fait de la reproduction inconsciente. Passées les portes, il est comme chez lui : bras levés, checks à tous les homeboys de la place, en mode Tony Montana, « Whoooooo » beuglés. Ce soir ça va être festival, on se met la tête à l’envers. Alors qu’est-ce qu’on attend ?

Le milliardaire smicard. Du genre à vous faire croire que Smirnoff, Eristoff et Jack Daniel sont des copains milliardaires à lui. Malgré son salaire de commercial à la COFRATECH, une boîte de production de fournitures de bureau, il n’hésitera pas à payer des coups à tout le monde, surtout aux filles. Le milliardaire smicard est un fonds d’investissement désespéré en relations sociales. Manque de pot, si l’on attrapait les filles avec du Martini, ça se saurait.

Le faux polyglotte. Se rencontre surtout le jeudi, lors des soirées Erasmus. Le faux polyglotte a compris que l’étranger et l’étrangère en France avaient une longueur d’avance lors des processus de séduction. Ni une, ni deux, il se dit qu’il n’est pas plus bête qu’un autre, et qu’il pourrait aisément importer le concept. Tiens, voilà deux jolies Françaises. Pour elles, il sera Miguel, un étudiant en commerce barcelonais. Oui, mais de Barcelone-sur-Marne, 94.

Le gigoteur. Le gigoteur vient danser. Approximativement certes, mais c’est de sentir la vibe qui compte, dit-il pour se rassurer. Toujours au milieu de la piste, le gigoteur a décidé de réinventer la danse. David Guetta, les Ting Tings ou Pony Pony Run Run : il dansera tout de la même façon. A base de tounicoti-tournicota et de déhanchés surjoués. Les derniers à exécuter cette sarabande solitaire (le gigoteur ne regarde personne d’autres que ses pieds), ce sont les derviches tourneurs. Mais eux ont une excuse : ils sont sous opium.

Le dragueur. C’est celui que vous avez l’impression d’avoir déjà vu. Méfiance. Parmi la faune clubbesque, c’est l’espèce qui mute le plus et qui est la plus subdivisée. Son comportement est par nature idiosyncratique : en fonction de l’influence des agens extérieurs, il va le modifier. Tour à tour, il pourra faire une partie de frotti-frotta sur des musiques exotiques, vous débiter ses répliques bonjour-mademoiselle, ou jouer les pseudo-branchés pour vous impressionner : « Ah mais en fait, un blog c’est comme un journal intime mais public, c’est ça ? » Faites gaffe à pas tourner les talons, il se transformerait par malheur en suiveur, mutation génétique autrement plus préoccupante.

Le mec bourré. Sous-espèce consubstantielle de la population clubbesque, le mec bourré se sous-divise en plusieurs classes. Chez les hommes, il oscille entre Simplet (qui passera le reste de sa soirée à faire tomber son verre et à vomir dans ton casque Les Ateliers Ruby), Joyeux (qui affectionne de te parler en te mettant la main sur l’épaule ou en t’enfonçant le doigt entre les côtes), Grincheux (qui subitement a une dent contre le palmier de l’entrée), et Dormeur. Et Blanche-Neige, dans tout ça ? Si elle ne termine pas dans les toilettes à renifler un rail, elle pleurnichera comme Cendrillon ou mettra le feu au caleçon du dragueur comme Jasmine.

Le premier qui se retrouve sur Tillate a perdu !

On plie les gaules (sociologie inside)

Dimanche, avec Rosalie, on a emballé tous nos souvenirs dans des cartons de chips Vico et on a décarré des Batignolles. Ah crotte de bique, y’aura plus les brunchs dominicaux rue Truffaut. C’est Eamimi qui va sombrer en dépression, elle qui faisait des Hiiiiiii parce qu’on était voisins et qu’il fallait qu’on se bourre la panse au quinoa bio…

Mais attends, copain, maintenant on crèche dans les arrondissements à un chiffre. Ça fait bizarre, je dois vous l’avouer, de sortir de dessous la terre le matin pour aller gagner sa croûte (pas de bol, j’aime que le pain de mie) et de pouvoir cracher ses noyaux de pêche dans tout le Marais (j’ai atteint le musée Picasso, record personnel).

Mais c’est pas de ça que je vais te causer en ce mardi bien terne. Non, je vais te raconter le déménagement.

Bon, je passe sur les conditions atmosphériques à pas mettre un Laurent Cabrol dehors : il pleuvait, il ventait, il froidait, c’était un peu Quiberon-sur-Seine. Forcément, un déménagement en plein soleil, c’est une légende urbaine, tu penses bien.

Et puis c’est pendant ce déménagement que je me suis rappelé mes déménagements précédents. Et faut que je vous dise, les copains, que les déménagements ont une haute valeur sociologique (encore de la sociologie de comptoir ? Eh ouais).

Je crois qu’on n’est jamais autant hypocrite que pendant un déménagement. Au départ, tu commences gentiment par écluser tout ton répertoire d’amis pour leur proposer gaiment la chose. Naïf que tu es, tu t’imagines que tout le monde va sauter de joie à l’idée de crapahuter dans tout Paris avec ton piano à queue et tes 39 valises de fringues. Tu essaies de détendre l’atmosphère en promettant des cocktails, des photos, et une ambiance bon enfant histoire de faire passer la pilule. C’est un peu comme si tu allais payer tes impôts en dansant la lambada, quoi.

Photo FlickR Annie Roi

Que tu crois, qu’ils vont tous venir !

Alors, en désespoir de cause, tu te résous à l’impensable : recontacter tous les anciens amis du collège, du lycée, de la fac, les vagues connaissances, les copains d’un soir, les futurs-copains-si-tu-m’aides, pour venir transbahuter ton barda. Bravo Facebook, hein ! A quoi ça sert d’avoir ton millier de friends si au final tu te retrouves comme un gland assis entre tes assiettes triangulaires et ta collection d’Arlequin ?

Mais dans le même temps, le déménagement est un formidable indice sur la proximité que tu as avec tes amis. C’est étrange, mais c’est toujours dans les périodes d’enterrement qu’on se rend compte de qui est vraiment là pour toi : déménagement, enterrement de vie de garçon, enterrement tout court… En fait, les amis t’aident à mettre en bière (non je n’étais pas invité à la Grrr Block Party) ton passé et t’accompagnent pour aller de l’avant à toutes les grandes étapes de ta vie.

Genre, par exemple, y’avait aucun clampin qui m’a soutenu quand j’ai failli canner d’une ponction sanguine. Par contre, quand je vais rétro-consommer, j’ai du friend qui me colle aux boots. On peut dire qu’ils ont compris quel était le sens de ma vie, ceux-là…

Bon, avec tout ça, j’ai paumé ma brosse à dents, moi.

Je suis pas content, les copains, vous arrêtez pas de baver
sur mon blog depuis vendredi à vouloir la suite de l’histoire
avec Sophia. Ben de guerre lasse, je vous annonce que
c’est pour demain le deuxième épisode.

Photo FlickR du haut Ejouv