Tag Archives: tendance

Trend-setters et trend-suiveurs

Salut la plèbe,

Aujourd’hui, on va causer sociologie. J’en reviens pas moi-même.

Dans la vie, il y a deux catégories de personnes : les trend-setters et les trend-suiveurs. Le trend-setter a la bonne info, le bon plan, avant tout le monde et en profite pendant que le trend-suiveur apprend en exclusivité (lol) le tout après le déluge.

Pendant un temps donné, le trend-setter prend plaisir à profiter de la rareté qui le différencie de tout le monde. Jusqu’à ce que la masse des trend-suiveurs accourent comme des papillons de lumière vers la chose qui brille. Alors le trend-setter se lasse de ce qui devient trop commun, et s’en va vers d’autres horizons.

C’est à se demander si le trend-setter n’est pas snob, des fois.

Alors voilà comment, en 10 points, devenir un vrai snob :

1. Avoir un iPhone, oui, mais unique. Plus d’un million de Français ont un iPhone. C’est à dire, un million de sonneries « Xylophone », et un million de fond d’écran représentant la Terre. Le snob l’a acheté avant la grande braderie de Noël, et il se désole maintenant que ce soit devenu un produit commun. Pas de panique pour ceux qui l’ont acheté, il reste possible de se démarquer pour échapper à l’assimilation de masse : se faire une sonnerie très personnalisée, idéalement unique. Un bon plan : sampler de vieux discours politiques d’antan sur des morceaux d’électro. Avouez que ça aurait de la gueule :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

2. Fuir les bars branchés. Le trend-setter a testé Chez Prune, La Perle, et tous ces autres bars qui étaient jadis confidentiels. Le trend-setter a quitté Chez Prune, La Perle, et tous ces autres bars qui sont maintenant bondés de ces gens qui y vont pour être vus. Faites comme lui, sauf si vous voulez attraper de la CSP+ qui, elle, y va pour être vue.

3. Ne pas écouter de musique utilisée dans un spot TV. Quoi de plus agaçant qu’un trend-suiveur qui s’extasie devant un tube qu’il a découvert dans une pub et ose le qualifier de « nouveauté » ? Il y a pourtant une équation simple : un morceau de spot TV = old-fashioned. Faites le ménage dans votre iPod : You, Me and The Bourgeoisie des Submarines, Someone Like You de Revl9n, Shut Up And Let Me Go des Ting Tings, On My Shoulder des Dø… N’en jetez plus.

4. Dénigrer le marketing de la rareté. Faire la queue pendant trois heures pour un gilet Uniqlo à moins de 30 euros ? Céder à la prescription en allant voir This is it ? S’il vous plaît, restons polis.

5. Ne jamais s’attarder nulle part. Marquer à la culotte le buffet à petits fours, très peu pour le snob. Sa présence, il l’a théorisée : il ne « passe » pas dans une soirée, il fait un « pop-up ». En termes plus jolis, il reprend le conseil de George Brummell : « Dans le monde, tout le temps que vous n’avez pas produit d’effet, restez ; si l’effet est produit, allez-vous en. »

6. Ne jamais s’étonner de rien. Pourquoi le trend-setter devrait-il s’étonner des choses ? Soit le trend-suiveur lui parle de choses qu’il connaît déjà (indifférence), soit de choses qui ne sont pas de son monde (mépris). Dans son Moleskine, le trend-setter garde impassiblement la devise des snobs anglais : Nil mirari. Et il ne la traduit jamais.

7. Ne jamais consulter son compte en banque. L’argent est si vulgaire et si matériel. Pour le trend-setter, ça n’existe pas, et ça ne doit jamais être un souci. Si vous avez encore du mal à lâcher prise, allez-y par paliers : la main devant les yeux au DAB, et le Stabylo en main quand le relevé de comptes arrive.

8. Trouver la poésie du désordre. Il n’y a que les esprits étriqués qui rangent, classent et trient. Dans l’iPhone du snob, 35 mails à consulter et 11 mises à jour sur l’Apple Store. Sur Facebook, 250 other invitations, 23 amis en attentes et 55 invitations en soirée. Dans le couloir, des piles de livres entre deux piles de livres. Avec toujours une constante : le désordre est l’ornement chic de ceux qui vivent plus vite que ne s’écoule le temps. Il se pense savamment, sous peine de confiner au bordel. Allez, laissez le Teknikart bécoter L’Écume des jours sous le regard des Pall Mall, c’est so snobbish.

9. Avoir une bonne raison pour aller chez H&M. Le trend-suiveur se paie le luxe de s’habiller occasionnellement chez Paul&Joe. Le trend-setter se paie le luxe de s’habiller occasionnellement chez H&M. Voilà toute la différence.

10. Avoir un coup d’avance. Le trend-setter est un early adopter, par définition. Ce que le trend-suiveur lit dans FHM ou Elle, le trend-setter l’a déjà délaissé. En quête de la prochaine tendance.

Et vous, vous en êtes à quel degré de trend-settisme ?

Photo — Gérard Laurent

Elegance Academy #9 — Le billet dont vous êtes le héros

Monsieur le professeur Tourterelle,

Mon fils Jules étant souffreteux du bras gauche (peste bubonique localisée au coude, ont dit les apothicaires), il vous demande de bien l’excuser car il ne pourra assurer cette chronique que d’une main, rapport que c’est dur de taper avec les doigts de la main gauche quand ça fait des picotements désagréables à chaque fois qu’il touche le CAPS LOCK.

Vous voudrez bien le comprendre, parce que si vous ne le comprenez pas, ça ne serait pas gentil de votre part. Mon fils est si beau, si gentil, si brillant, si extraordinaire, ça me ferait vraiment de la peine que vous lui en tinssiez rigueur et lui fissiez (oui, ce serait pas cool de votre part de fissier) grief de scribouiller comme un éclopé de la main son billet hebdomadaire.

D’avance, je vous remercie, et ci-joint un mot du médecin pour vous prouver qu’on n’est pas des menteurs.

Kissou,

Madame Überparisian

Quelle histoire que ce bras ! Quand je fais ça… Aïe, peut pas l’faire. Mais j’te tiendrai au courant.

La semaine dernière, à la faveur malicieuse d’une roublardise maline, on avait réussi à approcher la CSP+, laissant le monsieur à AmEx Gold et à sourire ravageur ronger son frein et manger sa main. Depuis, le monsieur à AmEx Gold et à sourire ravageur s’est fait poser un bridge à la molaire et a fait une radio de la main droite tant son désespoir était grand. LOL.

Pour cette semaine, je te propose un petit jeu. Je dois t’avouer qu’il m’a été inspiré par du rangement ce week-end, où j’ai retrouvé de vieux émois littéraires de cinquième, où qu’on lisait des Livres dont on est le héros entre deux Balzac (si si). En farfouillant dans les affaires à la cave, j’ai excavé tel un grimoire un vieux bouquin jauni et corné sous une épaisse couche poussière et neuf toiles d’araignée. La lueur de ma lampe à huile vacillait dangereusement dans ce souterrain maléfique, et en plus j’avais paumé mon cimeterre stambouliote dans les marais de Hazreth. Quand j’eus saisi le livre, je l’ouvris (oui bon, on peut aussi faire des phrases de merde pour laisser respirer le suspense) : il s’appelait La Taverne des Damoiselles du Château des Abbesses. Ni une, ni deux, je gravis à nouveau les marches de la cave plus vite que l’agonie de ma mèche rebelle, enfournai le lourd pêne de la clé de bronze dans la serrure rouillée, et m’assurai d’entendre le bruit sec du pêne qui entre dans la gâche.

Je m’installai dans le canapé et pris une feuille de papier, afin de modeler mon personnage.

Arthur – 30 ans

Directeur artistique dans une agence de pub
Droitier – 1m83 – 73kg
Yeux : noisette / Cheveux : Bruns / Pelage : modéré sur la région pectorale, un sillon de Vénus du nombril jusqu’au pubis, désertique dans le dos, masculin sur les bras et les jambes
Signe distinctif : deux fossettes au creux des commissures et une mèche fournie sur le front

C’est après que ça s’est gâté. Trop cool, je me disais : il me suffit de me créer un grobill et à moi la quête facile. Que tu crois. « Pour les caractéristiques suivantes  (charisme, intelligence, beauté, force, humour), munissez-vous d’un dé à 20 faces et reportez-vous dans la table ci-dessous ». Ça donné ça :

Charisme : 12 – Quand vous sollicitez des High Five, il vous arrive encore de prendre des vents. Mais sinon, vous attirez la sympathie pour peu que vous ne fassiez pas l’imbécile.

Intelligence : 16 – Vous avez lu tout Bourdieu et Deleuze et êtes capable d’en ressortir les meilleurs morceaux sans que ça paraisse pédant.

Beauté : 17 – Henry Cavill est jaloux de vous.

Force : 10 – Sim est jaloux de vous car vous avez réussi à soulever un paquet de lessive.

Humour : 11 – Vous êtes jaloux de Sim car il est invité aux Grosses Têtes et pas vous.

Après il a fallu tirer le montant disponible dans son portefeuille avec trois dés à 20 faces et en multipliant le résultat par mille : j’ai fait 12 et 18 ! Mais où est-ce que j’allais aller avec 30 KPo ?! Quel handicap, comme, si j’étais pas assez short sur l’humour (pour briser la glace) et la force (pour prévenir tout retour du monsieur à AmEx Gold et à sourire ravageur) !

Bon, l’histoire.

1. Vous êtes dans la taverne, votre bourse à portée de main et vos bourses en délicatesse avec la notion de régulation des fluides. Pour ne pas éveiller les soupçons, vous commandez un breuvage exotique à base d’alcool de sucre de canne et de menthe (Retirez 8 Po). Alors que vous vous adossez au comptoir, vous jetez un regard circulaire à l’assemblée. A  une table sur votre gauche, vous apercevez trois jolies demoiselles, deux blondes et une brune, assises et discutant autour de breuvages rose. L’une d’elle vous attire particulièrement : votre cœur bat, vos yeux s’ouvrent et vos pensées vagabondent (-1 de charisme et -1 d’humour temporairement). Vous allez les aborder : que faites-vous ?

  1. Vous les abordez toutes les trois. Allez en 9.
  2. Vous attendez que ses deux amies s’absentent quelques temps. Allez en 4.
  3. Vous vous dissimulez parmi les clients et attendez qu’elle se lève pour aller au bar. Allez en 7.

2. Manifestement, elles se foutent de votre gueule, et le moins qu’on puisse dire, c’est que cela ne vous enchante guère. Vous quittez la table en leur jetant un « Connasses » méprisant et en jurant le sort que de toute façon, elles étaient moches. Tandis que vous allez franchir la porte, vous entendez cingler dans votre dos un « Pauv’ type, va te vider les couilles ». Et ça vous fait mal. Ce soir, vous allez pleurer à chaudes larmes tout en ruminant votre colère. EPIC FAIL.

3. Vous marmonnez inlassablement le dicton de votre mère : « Tout vient à point à qui sait attendre ». Et vous attendez. Et vous attendez. Les minutes défilent, puis les heures. Minuit passe. Vous avez ingurgité 7 breuvages exotiques à la menthe (Retirez 56 Po), et vous avez l’ivresse blasée. A une heure du matin, une main vous tapote l’épaule. Hagard mais surpris, vous sursautez de joie. Le tenancier de la taverne que suite à un arrêté seigneurial, il doit fermer sa taverne à une heure du matin en semaine. Vous rentrez chez vous chancelant, votre bourse vide et vos bourses désespérément pleines. FAIL.

4. Vous vous dites qu’il est plus prudent d’attendre que ses amies s’en aillent pour pourvoir l’aborder tranquillement. Vous reprenez donc un de ces délicieux breuvages exotiques (Retirez 8 Po) et allez vous installer sur une table attenante. Les minutes passent. Les trois amies se font amener directement leurs verres par le serveur qui semble les connaître. Vous avez mésestimé le fait qu’elles se faisaient une soirée copines car elles ne pouvaient se voir qu’une fois par semaine. Et vous commencez à vous dire que le cliché selon lequel les filles vont toujours aux toilettes par deux ne fonctionnent que lorsque vous vous rabattez sur de jeunes lycéennes. Faites un jet d’intelligence (1 D 20). Si vous faites 13 ou plus, allez en 7. Si vous faites moins de 13, allez en 3.

5. Vous la devancez au bar et commandez un whisky. Elle s’approche de vous en posant ses doigts délicats sur le rebord du comptoir et, se mettant voluptueusement sur la pointe des pieds, commande trois Cosmo. Vous tournez la tête dans sa direction et lui signifiez que c’est un très bon choix, la canneberge a des vertus antioxydantes. « Médecin ? », vous répond-elle ? Vous lui répliquez que vous n’êtes pas médecin mais directeur artistique dans une agence de pub, et que vous avez travaillé pour Bacardi autour d’une représentation pop-glam’ de la cranberry. Elle semble visiblement enchantée par votre discours. Faites un jet de charisme et d’intelligence. Si vous faites une moyenne de 13 ou plus, rendez-vous en 10. Sinon, rendez-vous en 12.

6. Quand vous leur demandez ce qu’elles font là, elles vous répondent qu’elles cherchent un mari et un père. Quand vous essayez de discuter posément avec l’une d’elles, elles se lèvent d’un bon et prétextent une passion à nulle autre pareille pour la chanson qui passe. Elles empoignent une bouteille de Coca en verre et vocifèrent dans le micro improvisé. Quand le refrain arrive, elles vous tendent la bouteille pour que vous chantiez en chœur avec elle, mais vous refusez, sous leur désapprobation contrite. Passé cet interlude désagréable pour vos oreilles et vos objectifs, vous tentez de reprendre le taureau par les cornes et faites aller la conversation vers des choses plus sérieuses. Sans que vous vous en aperceviez, l’une d’elles fait commander pour vous quatre du vin et du champagne en vous susurrant langoureusement  à votre oreille satisfaite que vous êtes un vrai gentleman. Vous buvez, vous vous grisez, vous sentez bien que vous êtes sur le point d’attaquer des montées et des descentes chromatiques avec doubles croches en allegro vivace façon Rimski-Korsakov dans Le Vol du Bourdon. Vous êtes tellement grisés que vous ne voyez pas l’heure tourner. A une heure du matin, le tenancier de la taverne annonce que suite à un arrêté seigneurial, il doit fermer à cette heure-ci en semaine. Vos trois comparses se lèvent, prennent leur sac et leur veste Balmain, et vous glissent de tendres « au revoir » et de doux « à bientôt, beau mâle ». Le patron vous glisse la note : 800 Po. Elles se sont bien foutues de votre gueule, en fait. FAIL.

7. Mieux vaut attendre qu’elle se lève et aille commander une boisson, vous dites-vous. Grâce à votre sens de l’observation, vous trouvez une table attenante qui vous permet de bien les observer sans attirer la tension. Tandis que vous buvez modérément (Retirez 16 Po), vous vous focalisez sur le niveau des verres, afin de vous présenter au bar quelques minutes avant qu’elle y parvienne. Votre stratégie a l’air de payer. Rendez-vous en 5.

8. Vous encaissez les moqueries qui ont pour objectif de vous décourager avec une aisance déconcertante. Vous ne vivez pas sur vos certitudes, et faites votre mea culpa quand elles vous disent que votre approche était brutale et beauf. Vous en profitez pour leur rétorquer que la séduction est une affaire de distinction sexuée des rôles sociaux, et que des sociologues comme Bourdieu n’en pensaient que du mal. Pourquoi, à l’heure de la femme libérée et de la pilule contraceptive, ne faudrait-il pas faire évoluer les mentalités au sujet des approches hommes-femmes ? Ce à quoi elles vous rétorquent que les femmes draguent déjà, mais elles ne sont pas en chasse permanente : quand elles sont en meute, c’est qu’elles ne sont pas sollicitables. Vous encaissez sportivement la répartie et choisissez une tactique plus habile : passer du bon temps sans penser à en ramener une dans votre antre. Et ça semble payer. Vous abordez avec elles trois vos vies professionnelles, et découvrez que votre target travaille chez Direct8 comme assistante de production. Entre deux breuvages exotiques à la menthe et un à la canneberge, vous faites des blind-tests publicitaires avec les slogans. Elles vous moquent quand vous sortez le « Vous ne viendrez plus chez nous par hasard », mais elles sèchent avec admiration sur le « C’est si bon de faire confiance à une femme » de Monique Ranoult. Au cours de la soirée, vous apprenez qu’elles viennent souvent à cette taverne et qu’elles habitent du côté du faubourg Poissonnière. Un peu loin de votre Belleville, mais qu’à cela ne tienne : vous vous quittez sur un agréable au revoir ; elles seront enchantées de vous revoir, seules ou ensemble, une prochaine fois. Allez en 13.

9. Vous n’écoutez que votre courage et êtes sûr de vos chances en les abordant toutes les trois, en vous disant que si vous n’attrapez pas l’objet de vos désirs, il vous restera toujours les deux autres. Confiant, vous vous dirigez droit vers la table et leur glissez un bonsoir enjôleur en prenant une chaise jouxtant leur table. Vous commencez tout de suite par vous présenter et leur demander de faire de même. L’une d’elles vous répond qu’elle s’appelle Betty Boop, l’autre Stella Artois, et la troisième Magali Vaé. Faites un jet d’humour. Si vous faites moins de 16, allez en 2. Si vous faites 16 ou plus, allez en 11.

10. Vous avez su passer le cap de l’accroche pour essayer d’en savoir plus sur elle. En jouant au détective catastrophique, vous avez su la faire rire en lui attribuant des métiers loufoques : infirmière, championne de tarot, scaphandrière. Dans un rire nacré, elle vous confie que ça pourrait être un de ses secrets si elle participait à Secret Story. Dédramatisant à fond votre rôle de meneur des débats, vous lui proposez avec un machisme surjoué de l’accompagner jusqu’à sa table pour la prévenir des malotrus rapaces qui foncent sur les demoiselles qui rejoignent leurs tables. Elle accepte, et vous propose de discuter un peu avec ses copines, qu’elle vous présente. Vous vous présentez à elles, et l’une d’elles se met en tête de jouer la Fashion Gendarmette en décortiquant les quelques errements stlyistiques de votre look. La mèche devant les yeux sur une doublette veste-chemise, ça fait vraiment trop Jean-Pierre François, glousse-t-elle. Bienvenue dans le poulailler. Allez en 8.

11. Vous avez compris qu’elles vous charriaient gentiment. Votre technique d’approche est loin d’être idéale et a semblé les énerver plus qu’un peu, elles qui avaient pour objectif de passer une soirée entre copines. Il va falloir que vous mettiez les bouchées doubles et vous montriez sous votre meilleur jour. Faites un jet de charisme, de beauté, d’intelligence et d’humour. Si vous obtenez une moyenne de 15 ou plus, rendez-vous en 8. Si vous faites une moyenne inférieure à 15, rendez-vous en 6.

12. Vous n’aviez prévu que ce couplet sur les vertus antioxydantes de la canneberge dans votre musette. Passé cet effet d’annonce, vous vous retrouvez à ponctuer le silence de petits rictus gênés. La demoiselle prend ses commandes, vous glisse un « au revoir » poli mais neutre, et retourne à sa table. Que faites-vous ?

  1. Vous la suivez à sa table. Allez en 9.
  2. Vous restez au comptoir. Allez en 3.

13. Vous quittez la taverne gai comme un pinson. Que croyiez-vous ? Que vous choperiez le numéro de la CSP+ comme ça, en un claquement de doigt ? Quel naïf vous faites !

La semaine prochaine, on parlera alcools et spiritueux !

Photo FlickR — Parka81

pagerule

Previously on Elegance Academy :

#8 — A la conquête des parts de marché affectif
#7 — La concurrence libre et non faussée
#6 — Love at first poke ?
#5 — Tenter une approche
#4 — La CSP+ dans son milieu naturel
#3 — The matchmaking theory
#2 — Comment ne pas être un douchebag
#1 — On pose les bases

Grazie Grazia ?

Les copines (et les copains aussi),

Vu que sur ce blog il y a visiblement plus d’hommes à cheveux longs, à ongles faits et perché(e)s sur des talons que d’hommes à cheveux pas longs, aux ongles normalement coupés et à richelieus classos ou à sneakers easy chic, j’ai succombé à la tentation du magazine féminin.

Oui. J’ai acheté Grazia. Et, mieux. Je l’ai lu. Et encore mieux : je vais vous en parler.

Grazia donc, les copains-copines, c’est un nouveau magazine féminin. Enfin, c’est la version française d’un magazine italien et qui depuis à 11 éditions internationales : Grazia France est la 12e. D’emblée il veut se poser sur le terrain du féminin-people haut-de-gamme et concurrencer Elle et Gala (entre autres). Oui, les autres, c’est trop cheap et easy pouf tu comprends ? On tape que dans l’upper class chez Grazia.

Dès l’édito, on nous sert la formule magique : « Grazia c’est 45% de mode et beauté, 35% d’actu, 10% de people et 10% de culture ». OK.

Je dois l’avouer, je n’ai pas été convaincu par le côté fourre-tout du magazine. Faire du people, c’est bien, d’autant plus que Grazia fait dans le people chic, en laissant à Voici le soin d’annoncer la couleur de la mooncup de Virginie Efira. Mais deux pages plus loin, on retombe sur de la mode, coincée en plein milieu d’un reportage façon Nouvel Obs’ sur les enfants détenus dans les centres de rétention. Du coup, ça me donne l’impression que Grazia veut tout faire, mais fait tout moyennement.

Je n’ai pas du tout aimé la maquette. Le format est trop grand, le choix des couleurs et les maquettes ne collent pas à l’ambition glam’-chic du magazine : c’est assez banal, et un peu sans saveur. Mais les goûts et les couleurs…

Pour un premier numéro, je m’attendais à quelque chose de spectaculaire, qui soulève un grand nombre d’abonnements, mais tant dans le choix des sujets, que dans la manière de les traiter, ça se démarque très peu des autres magazines. Il y a quand même quelques rubriques sympa et innovantes : la Fashion Police (un scanner des looks de stars par une brigade de choc), le Style Hunter, qui reprend l’idée du Sartorialist, l’O.F.N.I. qui présente des objets fashion kitsch, moches, vulgos ou très second degré, etc. L’idée des in10pensables est très bien trouvée, ça ressemble à un super sommaire en forme d’éventail.

Mais dans l’ensemble, on retrouve la même chose que chez les concurrents. Le ton un peu trop prescripteur et un peu trop m’as-tu-vu à mon goût : je sais bien que le lectorat moyen n’habite pas à Paris, mais pour ceux qui sont quand même un peu in de l’attitude, il y a certains mots qu’on n’aime plus lire, ça nous donne l’impression d’être des demeurés. Les sujets sont parfois à peine effleurés : celui sur la grippe A chez les people aurait pu être très amusant s’il n’avait pas consisté en un simple listing des people touchés. L’article sur les lolitrentenaires façon Tania Bruna-Rosso est super intéressant, mais est un peu incohérent : au début on parle de trentenaires un poil bitchy et régressives qui refusent les codes de vie de leur âge, mais on illustre ça avec des photos de… Virginie Efira et Emma de Caunes, qui sont mariées depuis plusieurs années ! Et puis, comme tu le sais, je n’adhère pas à l’idée de la trentenaire frivole. Même avec un job en or, même avec une sensibilité culturelle très développée, même shoppeuse+++, la CSP+/lolitrentenaire/bobo a son horloge biologique qui la travaille autour de la trentaine. Même Clara Sheller.

De manière générale, le gros problème du magazine, c’est son manque d’audace. Grazia se veut un GQ au féminin. Mais le succès de GQ justement a reposé sur la révolution opérée dans les masculins. Avant, la référence en matière de magazine masculin, c’était FHM et Maximal, autant dire ciblés tuning et gros lolos. FHM était sponsor officiels des soirées AxeBoat l’été, c’est dire. Ca pour sûr, le CSP+ raffiné y trouvait son compte. Et puis quand GQ est arrivé, il a su parler d’une autre manière : tendances, mode, beauté, et surtout style de vie : boulot, sexe, loisirs, et vie perso.

C’est ce qui manque à Grazia. Il y a trop de mode, trop de beauté, la presse féminine en est bombardée depuis la nuit des temps (et peut-être même depuis l’heure de l’apéro des temps). Il gagnerait à parler un poil plus de choses profondes, même en gardant un ton léger. L’article du mâle sex-addict à Meetic mais repenti et qui trouve l’amour m’a bien fait rire tant il était convenu et insipide. GQ s’offre des plumes intéressantes comme David Abiker pour parler boulot, écologie, sexe, politique, d’une manière très intéressante. Mais en période de crise publicitaire (et chapeau bas pour l’audace de le lancer à ce moment-là), j’ai comme l’impression qu’ils ont cédé à la facilité pour ne pas effrayer les annonceurs…

Je pense que les femmes attendent ça d’un magazine féminin : moins de prescription, mais plus de conseils, de choses qu’elles peuvent appliquer dans la vie de tous les jours. Femme Actuelle fait ça très bien, et Elle ne le néglige pas. Mais visiblement, Grazia cible des trentenaires célibataires parisiennes à fort pouvoir d’achat pour qui la notion d’enfant, de vie de couple, ou des choses sérieuses de la vie, n’a pas de réalité. C’est dommage, car d’une c’est faux, même cette catégorie s’intéresse à des choses raffinées, et d’autre part ça affadit vraiment le magazine.

Des encouragements donc, mais le magazine a besoin de monter en gamme !

Vous en avez pensé quoi de Grazia, copains lecteurs à pas talons et lecteuses à talons ?